Sauvages et incontrôlables, en Guyane, les frontières sont dessinées par la nature : fleuve et forêt dense.... répondant à un tracé géographique certes, mais encore une abberrance de la création humaine. A la nage, en quelques coups de rames, en quelques jours d'errance dans la forêt, brésiliens, surinamais et autres peuples venus de plus loin dans les pays alentours, atteignent incroyablement et pourtant assez facilement un bout de leur rêve : tout quitter dans l'espoir de sortir de la misère ou de vivre mieux tout simplement, profiter des différents droits sociaux si connus au sujet de la mère France, le pays des droits de l'homme, la Guyane, l'euro, l'Europe... Il y en a qui s'en sortent, tant bien que mal, clandestinement bien sûr, - des petits boulots non déclarés et sous payés arrangent pas mal de gens finalement, empoyés comme employeurs - ! Mais il y en a pour qui ça tourne mal - agressions, vols, prostitutions, traffics en tout genre, etc... Abberrance, car à côté de ça, les autorités essayent, avec leur pauvres moyens, de faire ce qu'ils peuvent contre la clandestinité : on crée des barrages sur les rares routes du département, contrôles et patrouilles plus ou moins régulières... mais que faire face à cette nature si dense, si immense et si sauvage ? Quand certains se font coincer, on les reconduit à la frontière et en moins d'une heure, on peut les retrouver sur le territoire à retracer leur destin à travers la jungle guyanaise direction les "grandes villes". Hier encore notre voisine nous disait qu'elle attendait une amie venue du Brésil en France par la forêt ! Point besoin de s'étaler sur le sujet....

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Toujours au sujet des frontières...

Ce qui est frappant en Guyane, c'est qu'à l'Est comme à l'Ouest, on a l'impression d'être dans deux pays complètement différents ! Dans un même paysage de forêt et de fleuves, où l'Amazonie règne en toute puissance, sur une terre au nom commun, deux peuples se sont implantés (parmis tant d'autres sur le département) avec une culture et une manière de vivre complètement différentes !

A l'Ouest, les gens vivent presque comme en Afrique. Ils s'étalent et s'installent où ils peuvent. Descendants d'esclaves africains et travailleurs, ils essayent de se battre et de "maîtriser" la nature, en vivant de ce que peut apporter le Maroni et la forêt alentour, et en reconstituant d'une certaine manière leur culture originelle si lointaine désormais dans le temps et dans l'espace. Les hommes chassent, les femmes cultivent à l'abatti, les enfants pêchent et jouent tout nus dans la rivière... Ne manquez pas notre voyage en pirogue-stop sur le maroni qu'on va publier très prochainement dans la rubrique escapade en amazonie.

A l'Est, bien que "pauvres", les gens sont beaucoup plus soucieux de l'évolution du monde, la civilisation, la mode : dans le plus petit hameau, les chaînes stéréo renvoient de la musique populaire brésilienne ; entre deux cases où coule un liquide fétide mêlant excréments humains et pourritures diverses, sont implantées deux antennes satellites ; toujours entre ces cases, passent des filles couleur de miel cheveux parfumés, parées de minis jeans moulants et petits hauts aux couleurs criardes. Le tout jure avec le vert sombre et sauvage de la forêt puissante. Et pour finir, ici, les villages font mieux définis qu'à l'ouest, plus organisés, moins étalés. On aurait dit aussi que ces guyanais de l'est parraissent plus craintifs face au fleuve et à la forêt... Eloignement du mode de vie en symbiose avec la jungle ? Peur plus puissante du mauvais géni de l'Amazonie ? Question de mentalité ?