11 juin 2007

Séjour organisé à Saut Athanase

Nous avons profité d’une semaine de vacances pour partir quelques jours sur l’Approuague et dans la forêt environnante ! Pour une fois, nous nous sommes rapprochés d'une agence histoire d'expérimenter le bien organisé pendant trois jours ! L’excursion commence à Régina, où le boss, Gérard, "vieil" aventurier expérimenté, nous attendait avec un piroguier brésilien…Le groupe avec qui nous étions était composé d’un couple de profs avec leurs deux enfants et cousins quinquagénaires venus de métropole, ainsi qu’un couple de retraités, bien blanchis par l’hiver de la France !

11/02 /2002

Après deux heures de ronronnement  de moteur,  le défilé à gauche et à droite de la forêt impénétrable s’interrompt brusquement  par la vision paradisiaque du campement : un bon bout de terre défriché soigneusement, un jardin suspendu décoré de quelques hibiscus colorés, bungalows et carbets surplombant le fleuve, au milieu de la jungle !

jardinathanaz bogos bungathanz

La jeune compagne de Gérard nous sert le ti' punch de bienvenue ! Pour les enfants et titine, ce sera de la citronnade fait maison. On fait un peu connaissance tout en prenant soin de nous mettre à l’aise. Madagascar était un sujet de conversation qui revenait souvent, la grande île ayacrikcoulnt fait rêver et déplacer plus d’un, et blablabli et blablabla !!!  Le rhum chauffant les cerveaux, les uns et les autres parlant de leur vie, l'atmosphère se détend et en peu de temps, on pouvait ne plus trop avoir l’impression d’être de simples clients dans une excursion organisée et montée de toute pièce.

Le premier jour était considéré comme entièrement libre : une sorte d'adaptation à la vie broussarde dans ce bout de paradis entre forêt et fleuve sauvage ! Sieste, pêche, visite de ferme, ramassage d'œufs des poules, on pouvait aussi donner le biberon aux bébés biquettes.... En fin d’après-midi, une balade était proposée, comme écrit dans les brochures, avec une baignade sur la petite « plage » derrière le saut, pour ceux qui ne craignent ni la pluie ni le courant ; certains, notamment ceux qui arrivent de Métropole, ne sont guère rassurés de l’eau noire, et préfèrent regarder avec étonnement les habitués …. 

Le soir venu, après une bonne douche et un petit repos, tout le monde se rejoint dans le carbet d’accueil crikcalmoù l’apéro est déjà prêt ! Tandis que Gérard jongle entre les bouteilles, les graines de Jacquots (comme des amandes) grillées et les CD, sa compagne finit de concocter le dîner, et tout le monde se met à danser sur des zouks carnavalesques (c'est la période !) et du vieux rock des années 60 (c'est leur jeunesse !). Ambiance chaleureuse. Ouai, on pourrait à ce stade avoir l'impression de vivre quelque chose de spécial ! Mais ça fait toujours bizarre de relire ce passage à l'identique dans tout bouquin parlant d’excursions à Athanase : même feeling, même musique… ! Tant pis, il faut vite oublier et se laisser vivre, sinon on passe à côté du simple plaisir d’être là ! On écoute alors attentivement Gérard nous parler de son combat pour garder le terrain qu’il a travaillé, nous raconter sa Guyane, nous expliquer la ruse des brésiliens qui rongent petit à petit le territoire français… Sur l'Approuague, il y aurait enfoui quelque part, une ville clandestine d'orpailleurs brésiliens où tout fonctionne comme dans un far west : trocs en pépites, loi du plus fort, règlements de compte au fusil ou à la machette, bordels... Il semble bien connaitre le moindre recoin du pays, son peuple, sa forêt, ses fleuves et ses problèmes !

Après un gros festin (comme ce fut le cas pour tous les repas du séjour), on nous distribuait nos couvertures, et chacun pouvait choisir son coin pour dormir : en hamacs ou lits dépliables dans un des deux carbets collectifs, ou en bungalow individuel, ce pour quoi les amoureux ont opté !!!

12/02/2002

Clou du programme : on allait partir en forêt et y passer la nuit (un peu banal quand on en a l'habitude) ! Évidemment, on donnait la possibilité, à ceux qui le voulaient, de rester au campement, mais tout le monde voulait participer à l’expédition ! Tout au long du parcours, on avait droit aux commentaires sur différentes sortes de géants de l’Amazonie (comprendre la forêt et ses cycles, reconnaître les arbres et leur particularité) ainsi que sur les animaux rencontrés ! Nous avions eu la chance de croiser (sans que ça ne tourne au drame) un serpent (dangereux celui-ci) et des dendrobates (ce sont de jolies grenouilles jaunes et noires vénimeuses, elles aussi) !

dendrobate ophidcache bainboue3bainboue2

La marche était difficile : à cause de la pluie (c'est la grosse saison), il y avait de la boue jusqu'à mi-jambes !  Têtus et «anti-joujoux-de-vahaza» que nous sommes, nous nous sommes contentés d’y aller en scoubidou (tongs) et sandalettes ! Xav a eu beaucoup de mal, mais s’en est tiré fièrement ! Quant aux autres, ils devaient se préparer à l’idée de devoir jeter leurs supers godasses à la fin du séjour ! Le circuit très pentu n'arrangeait pas les choses ! Les chutes sur les sièges (malgré les super godasses) ne manquaient pas de faire rire certains et "ronchonner" d'autres (ça dépend du point de vue !)...  Pantalons et tee-shirts blancs ont vite fait de virer au marron ; vient ettouffer la douce odeur d'assouplissant et de parfum au coeur des tissus, un mélange âcre de sueurs, de forêt, de terre et de pluie !

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Au bout de 2h30 de marche, un grondement énorme et incessant nous annonçait notre arrivée ! Les efforts étaient récompensés par un super spot au milieu de nulle part. Forêt sauvacarbetangelge. Impressionnantes et belles cascades. Un carbet a été construit là, au bord de la crique Angèle. On s'installe, puis chacun s'occupe comme il veut. Sieste, pêche, baignade, glissades sur des rochers (sur plus de 5m), ou pour les plus courageux, balade encore et encore dans les alentours ! Puis vint la nuit fraîche. On dort en hamac mais rien que s'allonger fait du bien au dos, fesses, mollets et pieds !

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13/02/2002

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Le troisième et dernier jour sentait surtout la fin de l’excursion ! Tout le monde était rassasié des aventures qu’il venait de vivre,  et ne pensait plus qu’à la joie de retrouver le peu de confort : douche, toilettes, habits propres, etc.… les plus chochottes se font désinfecter ou mettre un pansement… les autres vont se reposer en réhabituant peu à peu leurs yeux à la lumière dégagée !  Satisfait de nous voir fatigués, Gérard ne pense déjà plus qu’aux prochains clients qu’il va recevoir d’ici quelques heures … On s’échange des adresses (on ne sait jamais), se dit au revoir après une dernière super bouffe, et reprend silencieusement la pirogue direction retour à la civilisation !

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16 mars 2007

Le bagne des annamites

Cette balade est avant tout l'occasion de faire une de ces fameuses randonnées en forêt, sur un sentier balisé : oxygéner son hygiène de vie, respirer la nature à l'état pur. Au bout du sentier, soit au bout d'environ quatre kilomètres, la jolie crique Inini, connu aussi sous le nom de "crique anguille", nous invite à une bonne partie de baignade, avant de revenir sur nos pas pour rejoindre le parking.

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Dans un tunnel végétal, on s'enfonce. Très vite, on s'étonne de suivre un chemin de fer rongé par la rouille et attaqué par la végétation. Ca et là, on découvre des vestiges dispersés, à l'état de total abandon : des bouts de murs dévorés de feuillages et de lianes, barreaux et vieilles machines rouillés, toilettes recouverts de lichens verdâtres et d'humidité poisseuse,  c'est ce qui reste du bagne des Annamites. Atmosphère vraiment surprenante.

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L'aspect sauvage du sentier qui mène aux restes du bagne, les remblais qui le jalonnent et les conditions climatiques permettent de se faire une idée des difficultés rencontrées par les bagnards, dont les réalisations paraissent maigres par rapport à la durée du fonctionnement du bagne. Cette expérience a constitué un échec dans la tentative de valoriser l'intérieur de la Guyane et l'existence du territoire de L'Inini qui coupait administrativement la région 5qen deux.

Un peu d'histoire

Créé en 1931, le bagne de annamites fonctionna jusqu'en 1938. Il a été ouvert dans l'ancien territoire de l'Inini, conçu pour lutter contre les inégalités spatiales entre le littoral et l'intérieur de la Guyane. Ainsi, la ligne de chemin de fer a été construite au prix d'immenses efforts, à un rythme très lent, pour tenter de valoriser une partie de cet espace intérieur.

Mais qui étaient les "Annamites" ? Ceux qui connaissent un peu l'Asie reconnaîtront dans cette appellation le nom d'une région de l'ancienne Indochine, de l'actuel Vietnam, l'Annam. A l'époque où le territoire indochinois était une colonie française, les autorités coloniales exilaient les prisonniers de droit commun, mais aussi les contestataires politiques aux velléités indépendantistes. Éloigner à l'autre bout du monde ceux qui protestaient contre l'administration imposée par la France était une stratégie souvent utilisée par l'État français, comme ça l'a été pour les malgaches à l'ouest du département par exemple. A supposer qu'ils s'évadent, les bagnards avaient très peu de chance de pouvoir regagner leur patrie. De toute manière, peu d'entre eux pouvait concevoir de tels projets, tant l'espérance de vie dans les bagnes était faible.

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De nos jours, les installations qui subsistent du bagne laissent imaginer les souffrances de ses hôtes. La ligne de chemin de fer devient un chemin de mémoire à travers l'environnement hostile de la forêt peu propice à la stabilisation des rails et des traverses. Les cellules minuscules, envahies de branches, de racines et de lianes, ne permettent pas à un homme de s'allonger de tout son long et sont à ciel ouvert. Point n'est besoin de beaucoup d'imagination pour concevoir le ruissellement des eaux pendant la saison des pluies, les insectes et les visiteurs de la forêt qui partageaient pour un temps la couche des bagnards...

Et pour finir, quelques photos de notre dernière visite sur les lieux, avec Mamita en vacances en Guyane ! On s'en souviendra !

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08 février 2007

Des grottes en guyane

Il y a quelques années de cela, en surfant sur le site de blada.com, le site incontournable d'informations sur les sorties et les actualités de Guyane, on a été attiré par une proposition de promenade ayant pour but de faire découvrir des grottes. Ce dimanche matin, on avait décidé de se joindre au groupe Guyane Trek, qui se propose d'entretenir et de créer des layons en Guyane, et qui offrait ce jour-là la possibilité de partager avec eux une marche dans la forêt. Rendez-vous devant la mairie de Roura.

A notre arrivée, une dizaine de voitures. Tout le monde a l'air de se connaître. Les randonneurs parlent du temps qu'il allait faire. Il faut dire que le ciel était particulièrement bien gris ! Les nouveaux se présentent puis la petite troupe se dirige vers un premier site, rejoint en voitures.

C'est un sentier qui part de la route de Kaw, 500 m avant l'auberge Camp Caïman. 

Le rythme des habitués n'a pas l'air trop rapide pour les amateurs que nous sommes ! Au bout de 500 m d'un large chemin qui serpente à travers la forêt, on accède à une clairière qui donne une vue imprenable sur la région des marais ( en tout cas par beau temps...) ! Sur le site, on devine les restes d'un carbet O.N.F., brûlé il y a quelques années par des vandales mal inspirés : le site devait permettre de prendre un pique-nique ou de faire une pause hamac avec un spectacle de choix.

2bQuelques mètres plus loin, on empreinte un sentier plus étroit qu'on n'aurait pas remarqué sans l'aide de nos accompagnateurs  : c'est plus glissant, boueux et rocailleux, et ça descend pas mal. Ceux qui ont des bottes ont de la chance, de tant plus que la pluie était de la partie depuis un moment ! Les murmures d'une cascade grandissent au fur et à mesure qu'on avance. On y est ! Un mince filet d'eau coule le long d'une paroi rocheuse d'où jaillissent des racines d'un arbre suspendu presque à angle droit de la paroi. Tous les randonneurs lèvent la tête pour observer cet ensemble insolite, haut d'une dizaine de mètres. Malheureusement, le temps gris, la forêt sombre, et la pluie vont contre la volonté de prise de photos... Les plus belles images restent donc dans nos mémoires !

Le retour, par le même chemin, s'est fait avec beaucoup plus d'effort : il y avait la montée, assez pentue. Mais aussi la pluie crachineuse qui se mêlait à nos sueurs, et qui collaient à nos tee-shirts.

Après une pause "séchage / bouteille d'eau / banane", la petite troupe se rejoint en voiture, sur un deuxième site plus loin, toujours vers Kaw. Nous marchons plus d'une demi-heure à travers la forêt primaire, et cette fois, nos g2auides sortent boussoles, sabres d'abattis et tout le matos. C'est qu'il n'y a pas vraiment de sentier, et se diriger dans la jungle sans repères n'est une affaire que de "connaisseurs", de peuples vivant en forêt, ou d'animaux ! Commentaires sur les espèces végétales particulières rencontrées. Notre point d'arrêt au cœur cette jungle, se trouve au niveau de grottes.  Oui, des grottes ! en Guyane ! dans la forêt amazonienne ! ça en a surpris plus d'un !! Au bonheur des spéologues ! La matière minérale des roches seraient à l'origine d'éboulis qui constitueraient ces fameuses grottes.

Exploration : tout le monde s'est évidemment équipé d'une lampe frontale, à part nous ! Mais pa ni pwoblèm ! Il suffit de bien suivre ! On quitte la forêt pour plonger de suite dans un monde sombre et très humide. Ca glisse, il faut bien faire attention. Nous affolons les chauves-souris qui nous frôlent de partout. Berk ! Dans les parties non éclairées, des paires d'yeux brillants nous guettent. Là encore, les randonneurs se sont équipés de masques respiratoires : les odeurs de c2hoses en rapport avec les chauves-souris seraient dangereux. Nous, nous nous servons de nos tee-shirts encore mouillés par la pluie, pour filtrer un minimum l'odeur nauséabonde alentour. Perçant le "couloir", suspendues comme des lianes, des racines nous rappellent qu'on est en pleine forêt. Par endroit, il faut escalader des roches gluantes, ou se faufiler dans des trouées. Il ne faut pas espérer sortir de là aussi propre qu'à l'entrée ! On en visite ainsi plusieurs, dont un gouffre d'une dizaine de mètres de profondeurs, à la recherche de nids de "coq de roche" . Les piles de mon appareil me lâchent à la première grotte ! Tant pis pour les photos... 

A la sortie, c'est toujours plus rassurant, même si c'est la jungle sauvage qui nous accueille hors des trous noirs. La verdure éblouit alors et les géants de l'Amazonie paraissent encore plus énormes . De grosses gouttes de pluie lourdes percent le toit du mur végétal amazonien. Il n'y a pas d'autres choix que de s'abriter dans une petite grotte à araignées cavernicoles aux pattes démesurées. Quand ça se calme un peu plus, on reprend notre chemin, tout trempés. La marche parait longue avec nos baskets engorgées d'eau et de boue.

Au parking, on est content : de notre journée aventureuse, de nos découvertes, de pouvoir se sécher et se changer, et de rentrer avec de bonnes images dans nos têtes ! Merci à Guyane Trek !

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Les cascades de fourgassié

Note  d'il y a quelques années...

Nous voilà encore avec une de ces journées chaudes, où il est bon d'aller faire une balade plutôt tranquille sans effort. Maillots avec nous, on saute dans la voiture. La chaleur est lourde et étouffante. Nos bras se balancent à l'extérieur des fenêtres grandes ouvertes. L'air tiède rafraichit difficilement nos peaux moites.

Nous avons entendu parler des chutes de fourgassié, comme balade dans un site sympa et sauvage, sans longues marches à faire ! On décide alors de s'y rendre. Venant de Macouria (à l'époque on habitait là-bas), on préfère ne pas prendre la nationale mais emprunter la petite route de Montsinéry, sinueuse et cahoteuse (à l'époque - toujours - elle était en très mauvais état) : mais on aime son calme. A 13 km au delà de Roura, sur la route de Kaw, un panonceau discret, qui tient à peine debout, nous fait bifurquer sur la droite. On doit alors emprunter une piste en latérite.   

Aujourd'hui, c'est dimanche. Au milieu de nulle part, on se demande si c'est le bon chemin : ça fait environ 3 km qu'on a quitté la route goudronnée. Il ne faudrait pas tomber en panne ici ! Au détour d'un virage brusquement, tintamarre de musique brésilienne, une quinzaine de voitures sont parquées, et des jeunes vont et viennent de la clairière qui fait office de parking vers un petit sentier situé en contrebas... Aïe, la journée tranquille s'annonce agitée... On aura1it dû songer à ce qu'on avait lu quelque part : "très fréquenté les week-end" !

Plus loin, en bas, dans la forêt, au bord d'un cours d'eau, des familles "en pique nique du dimanche" s'activent autour d'un carbet, où toutes les places sont déjà occupées de hamacs. Malgré les enfants un peu bruyants, l'ambiance est chaleureuse. On fait boucaner du poisson par ici, on prépare une salade par là, on patauge de ce côté-ci, on pêche de ce côté là, et on nous salue tout sourire !

Un petit sentier nous invite à longer la rivière, à travers le sous-bois. Après quelques mètres, on n'entend plus que les bruits cristallins du cours d'eau et on oublie vite qu'on n'est pas seuls sur le site : tous sont concentrés en amont ! Quel bonheur que de savourer ce presque calme, respirer cette forêt et méditer sur les bruits de l'eau valser entre les rochers... On ne résiste pas à la tentation de nous enfoncer aux creux d'une poche formée par les rochers, et de nous faire masser vigoureusement par ces eaux vives, pures et rafraîchissantes !  Séance de thalassothérapie gratuite en pleine jungle ! Sur un rocher exposé au soleil, on installe notre pique nique et peut commencer à lézarder dans la tranquillité presque absolue, jusqu'à la tombée du soleil vers l'orient !!!

Une belle journée dans un beau site en pleine nature ! Merci Amazone !

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01 avril 2006

Quatre jours sur la crique Bagot

PS : n'oubliez pas qu'on peut agrandir toutes les photos en cliquant dessus !!

Jeudi 2 mars.

Pour profiter des quelques jours de vacances que nous avons, après de longues indécisions, notre choix s'arrête sur l'exploration de la crique Bagot, un affluent de La Comté.... Nous partons jusqu'au dimanche 5 mars au soir. Il faut donc prévoir une réserve de vie pour 4 ou 5 jours d'expédition. Notre politique : ne manquer de rien, en y allant le plus léger possible ! Toute une organisation ! Au cas où il n'y aurait pas de carbets, nous sommes prêts à bivouaquer (construire sommairement notre "chez nous" en pleine jungle, entre les arbres, avec bâche, cordes, hamacs etc...) . Titine est en pleine forme ! Et "petit coeur" dans son ventre est aussi bien content de partir à l'aventure ! Je rassure de suite nos chers proches : pas d'efforts pour la future maman, qui ne se contente que de faire les plus petites tâches, de profiter, et de photographier ! La mise l'eau se fait au village de Cacao, après deux interminables heures de route :  bien que celle-ci soit goudronnée, elle est tortueuse et cabossée, et le vert déborde sauvagement sur les bas-côté, ce qui permet parfois de voir des animaux en bord de route. Cette fois, nous avons eu droit au coucou bref d'un tamanoir (un beau fourmilier au pelage beige clair et qui a une sorte de trompe).

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Le début de la matinée est un peu gris. Nous commençons la navigation sous de crachins de pluie qui fait miauler le chat (qui lui aussi fait partie de l'expédition) pendant un bon bout de temps. Rien à dire sur La Comté : c'est beau, et c'est paisible. Encore un paysage qui change de ce qu'on connait. Les Hmongs de Cacao (peuple d'Asie du Sud Est qui ont fui la guerre d'Indochine et reconstitué dans ce petit bout de Guyane leur mode de vie comme là-bas) ont exploité la forêt par ici. La vue fait donc dégagée. A quelques kilomètres du village, en bordure de rivière, on rencontre même des buffles, pour dire le dépaysement !

Notre petit moteur de 3,5 chevaux ronronne des heures durant. La pluie a cessé de tomber, le soleil tape désormais fort. Assis sagement sur les genoux de Titine, le chat flaire en silence les folles odeurs de la forêt. Nous croisons deux coques alu qui reviennent sur Cacao. Notre canoë tangue sous les vagues causées par la puissance de leur moteur ! En quelques minutes de causettes, on apprend qu'ils ont un des rares carbets sur Bagot, nous autorise à les squatter, et qu'il y a un saut à passer quelques kilomètres plus loin !!!!

Un saut (dans d'autres pays, on parle de rapides...) !!!! Pour vous expliquer, en gros les sauts sont des passages avec des gros rochers (à la surface et sous l'eau) et un courant plus ou moins fort . Nous en avions déjà pris, des sauts, 391avec des piroguiers professionnels (sur le Maroni, l'Oyapock, et l'Approuague) qui connaissent les fleuves comme leur poche, et qui pourtant ratent parfois leur coup et font renverser et briser leur embarcation !! Comment allions nous passer un saut, tout seuls, sans guide, sans aucune connaissance des lieux, et sans aucune expérience en matière de "pilotage-guidage" dans des sauts, avec notre petit canoë et moteur 3,5ch ?!!! Sans se douter de ce qui nous attend vraiment, on continue, en silence. On verra bien.

45Au détour d'un virage, surgissent donc à la surface de l'eau, saillants et menaçants, plusieurs rochers impressionnants. Et comme prévu, en même temps, le débit de l'eau accélère. Nous sommes dans le sens du courant. Plusieurs risques se présentent à nous : un rocher sous l'eau qui éclaterait le moteur ; la force du courant incontrolé menant à la projection sur un rocher (au pire soit la barque se brise, soit elle se renverse...). Par sécurité, on met le chat dans sa boîte. Comme d'habitude, à l'avant du Canoë, Titine zieute et guide. Elle doit plisser ses yeux déjà bridés, se concentrer un maximum pour deviner 35des rochers sous l'eau, calculer la logique de la nature selon le sens des remous de la rivière, et indiquer rapidement au pilote situé à l'arrière, par où, au centimètre près, il doit diriger l'embarcation. On fait avancer très lentement le moteur. Sur un "coup raté", Xav doit réagir très rapidement : parfois couper et soulever le moteur, laisser le courant guider le canoë, tantôt, mettre un coup d'accélérateur pour forcer sur le courant. Sur plusieurs kilomètres, on traverse ainsi nos premiers sauts, seuls, à deux, avec notre canoë. Ca va très vite. Pas le temps de méditer sur ce qui nous arrive. Nous nous débrouillons bien pour une première fois. Il y avait plusieurs passages, jusqu'à un endroit ultime, où notre stress avait atteint son paroxisme... Après quoi, la rivière a repris son cours normal, calme et tranquille. Mais nous stressons déjà à l'idée de devoir repasser par là au retour, avec cette fois, le courant contre nous !!!

Le chemin est long. Nous sommes seuls dans le secteur (et on est loin loin loin de la civilisation). Quand enfin nous arrivons à notre bifurcation, quelle ne fut pas notre surprise à la vue de la couleur des eaux... une séparation bien distincte entre une eau claire et une eau sombre, comme sur l'Amazone, à Manaus (Brésil).

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Nous voilà donc enfin sur la crique Bagot. Quelques mètres après la rencontre des eaux, se trouve un carbet (c'est le premier qu'on voit depuis le départ). Il appartient à un des mecs que nous avons croisé. C'est donc là que nous décidons de nous installer, pour les jours à venir. La vue y est surplombante, et sur la Comté, et sur Bagot. Le carbet est très bien conçu, fonctionnel, on dira même de luxe ! Pour l'eau : pas besoin d'aller à la rivière, un système de "robinetterie" fonctionne avec l'eau de pluie reccueilli dans un énorme bidon placé en hauteur. Pour les toilettes : pas besoin de s'éccroupir entre les hautes herbes, une petite cabane a été conçue spécialement pour (avec douche et wc). Et top du top, il y a même un évier pour la vaisselle... Avec les murs de forêt, ça fait un peu surréaliste, mais on n'a jamais trouvé un tel confort dans un carbet !

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Les journées se passent tranquille. Au carbet, on se repose, bouquine, se repose encore, joue aux échecs, et passons le temps au rythme des éléments de la nature. Le matin, les cris des singes hurleurs nous réveillent. Nous avons pu observer toute une colonie un jour (une quinzaine de singes faire des bonds dans les hauteurs des géants de la forêt). A chaque nuit tombée, une volée de perruches commencent les chants orchestral suivi de tous les insectes et autres bébêtes réels ou imaginaires.... riche spectacle visuel et auditif !

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Dans la journée, nous nous promenons sur la crique : pagayes, baignades, découvertes, pêche et autres plaisirs de la nature... C'est souvent l'occasion de rencontres avec des loutres... Que du bonheur ! En tout cas, pour nous, c'est la révélation : nombre de criques ont à leur façon un charme particulier et certain, mais Bagot, c'est probablement la plus belle crique de Guyane !!!

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A toutes heures de la journée, les eaux sont toujours basses et transparentes, aux couleurs aux milles reflets ocres, entre jaunes, orangées et rouges, sur du sable aux formes abstraites (le fond fait penser à des déserts).

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S'il y a un petit coin paradisiaque en pleine Amazonie où emmener notre "Petit Coeur" quand il sera avec nous, ce serait sûrement ici. Des îlots dorés surgissent par ci par là dans un paysage exubérant de vert, intact et sauvage... en bordure de la jungle les "plages" paraissent surréels.

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Plus on s'enfonce vers les sources, plus la rivière est obstruée de troncs tombés à l'eau. Par endroit, ce sont des rochers qui affleurent. Mais le courant reste doux. Et le sable n'est jamais loin. Ce qui permet de varier les plaisirs en se posant aux alentours des rochers.

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Un jour, nous décidons de pique niquer au niveau des rochers. Au menu, du couscous en boîte ! Nous avons avec nous camping gaz et tout le nécessaire, sauf... sauf... l'ouvre-boîte !!! Nous n'avions pas non plus de couteau et nous étions bien loin du carbet. Recours au système D avec le coupe-coupe (sabre d'abatti) qui ne quitte jamais le canoë !

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La veille de notre départ, nous sommes retournés au niveau des sauts, explorer les lieux avec plus de profondeur, histoire de se préparer un peu à ce qui nous attend pour le retour... Ca permet d'affronter en partie notre stress, et de le dominer en abordant les lieux dans un contexte de détente : baignade, marche sur les îlots, etc...

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Un retour plein d'émotions...

Nous prenons le chemin de retour sous une averse qui donne une impression encore plus mystérieuse à la nature. La forêt fait sombre, et la pluie empêche une bonne visibilité sur la rivière devenue une nappe de milliers de gouttelettes. Titine tente tant bien que mal de guider Xav à l'arrière. Mais le courant, dans le sens duquel nous avençons, paraît un peu plus fort. Heureusement que de temps à autre, la pluie cesse. Nous vivons des moments d'émotions intenses au niveau le plus dangereux du saut. Le moteur a cogné un rocher sous l'eau. Xav a donc dû remonter le moteur le plus vite possible pour éviter un choc fatal. Les deux secondes nécessaires à la manipulation ont suffi au courant à dévier violemment l'embarcation sous un énorme tronc de travers. Seule chose à faire dans ce cas là, être hyper rapide en s'allongeant pour esquiver "le poignard" : des accidents mortels ont déjà eu lieu ainsi, en pleine rivière, à cause d'un tronc passé au travers de personnes. Ouf, il ne nous est rien arrivé ! Mais pas le temps de respirer car le courant est toujours fort, et nous porte. Il faut reprendre le contrôle en remettant le moteur. Nouveau choc sur un rocher sous l'eau. Nouvelle manipulation. Nouvelle déviation violente, mais cette fois, c'est sur un gros rocher hors de l'eau que le courant nous projette. Ouf, la barque est solide ! A taton sur les rochers, nous sortons du canoë pour le remettre sur "le droit chemin", en faisant attention de ne pas se faire une fois de plus emporter par le courant vraiment fort. Après quoi, nous contrôlons la situation. Quelle fin ! Arrivée à Cacao en fin d'après midi du dimanche.

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16 mars 2006

Ballade du côté de Petit Saut

Dimanche 12 mars. 

Pour ce week-end, nous avons programmé une sortie rando à l'extrême Est de la Guyane, sur un inselberg en pleine forêt (on vous donnera plus de détails le moment venu). De Kourou, ça fait assez loin. Voici notre projet de base : samedi, journée à Saint-George (frontière Est de la Guyane) et Oyapock (côté Brésil), et dimanche, journée à l'aventure à la recherche du sentier de l'inselberg. A force de chercher des renseignements un peu plus précis sur l'inselberg en question(via internet), samedi, on n'a pas réussi à partir. Trainasser, tourner en rond est, en ce moment, très à la mode chez nous. Dimanche, rebelote ! Au réveil, une méga trombe de pluie nous fait passer une longue grasse matinée... Le temps passe et finalement, on renonce à notre "projet inselberg" : ça nous fera faire trop de route pour un coin qu'il se peut qu'on ne trouve même pas !! Alors, pour profiter du week-end, tout de même, nous décidons d'aller faire une simple ballade du côté de Petit Saut, un coin où, on se demande comment, on n'est encore jamais allé !

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Notre objectif : repérage des lieux pour une future expédition en canoë sur l'immense lac sauvage (mouillage facile ou non, où mettre la voiture, etc...) . Le paysage, vu de terre, promet déjà une de ces sorties magiques en pleine amazonie Guyanaise.

Sur la route, nous avons dû nous arrêter pour laisser passer à la queue leu leu une bonne douzaine de tamanduas (le délire !!!), ou quelque chose qui ressemble en gros à ça (la photo n'est pas de nous, c'est juste pour vous montrer) :

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Un petit brin de folie nous prend à la vue d'une mystérieuse piste : nous nous enfonçons pour voir où ça mène... Après des kilomètres et des kilomètres en pleine jungle avec notre 106, partagés entre l'envie d'aller au bout et la crainte de la méga pluie en train de nous tomber dessus, on décide de faire demi tour : la latérite devient boueuse et meuble, des minis torrents se forment.... ce n'est ni le moment de s'embourber ni de tomber en panne, car évidemment, par ici, plus de réseau (et aucun passage...) ! Mais on se promet de revenir, un jour ensoleillé, et quand on sera sûr d'avoir assez d'essence !

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En tout cas, au final, on a passé un dimanche bien sympa !

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21 février 2006

Journée sur la rivière Montsinéry

Samedi 11 février 2006, le soleil éclate le ciel de Guyane. Il faut en profiter vu que la saison des pluies ne nous gâte pas beaucoup ces temps-ci. Aujourd'hui c'est décidé, on explorera au plus loin la branche sud-ouest de la Montsinery. Le dégrad se trouve à une heure en voiture environ de chez nous, ce qui est assez appréciable vu que nous avons du mal à nous bouger, et vu surtout que xav doit faire tout le boulot seul : tirer le canoë, le porter et le fixer sur le toit de la voiture. Avec son petit bout de 4 mois dans le ventre, pas question pour Titine de faire ce genre d'effort. Elle s'occupe donc pour sa part du reste : pique-nique, matériel de pêche, etc...

Le mouillage se fait au niveau même du village. Quand nous avons découvert la rivière de Montsinery lors d'une première promenade la semaine d'avant, nous avons été très enchantés par ses caractéristiques. La rivière est d'abord très large sur plusieurs kilomètres. Nous ne pagayons pas. On fait ronronner notre petit 2,5 chevaux de moteur. Mais la navigation est loin d'être monotone et ennuyeuse.

Contrairement à la plupart des fleuves que nous connaissons, la rivière ne coule pas entre deux murailles géantes de végétations drues, et compactes. Il y a du vert certes de part et d'autres de la rivière, mais à une hauteur relativement basse, un niveau qui permet en tout cas d'embrasser l'immensité du ciel, un niveau qui donne une vue dégagée et éblouissante. Pour parler de la verdure elle-même, elle est suffisamment espacée pour laisser pénétrer des tâches de lumière en elle. Le vert scintille de trouées. Le regard peut s'infiltrer assez loin...

A marée basse, d'énormes rochers surgissent de nulle part au milieu de l'eau (ça aussi, c'est très inhabituel) : de bons spots pour pêcher et se baigner dans l'immensité de la Montsinery... Et au bonheur de certains, par endroit, il y a même des huitres ! Pour couronner les surprises, nombreux îlots sauvages peuplent la rivière. D'étroits couloirs ombragés permettent alors de déconnecter de temps à autre de l'immense artère de la rivière pour sillonner les veines de ces bouts de forêt mangroveuse dans l'eau.

Au bout d'un moment, on arrive à un embranchement. La rivière principale rétrécit alors peu à peu. Même si avant l'embranchement, c'était déjà dépaysant, pour nous, "le voyage" commence réellement là. Plus on s'enfonce, plus le paysage devient féérique.

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Place aux mangroves, où lianes et racines formes d'étranges doigts entremêlés... Nous scrutons autour de nous. De petits crabes jouent aux singes dans les "arbres", entre lianes et racines. La mangrove est vraiment particulière comme végétation ! La rivière n'est plus qu'un mince couloir. Titine avec ses yeux de fauves guide à l'avant, le chemin à emprunter : racines et troncs tombés pourraient abîmer le moteur. Xav avec toute son agilité pilote. Nous avançons désormais doucement.

Quand on s'y attend le moins, au détour d'un virage, surgissent d'étonnantes choses, rompant les folles bigarrures des lianes-racines ! Après une petite pause à explorer les alentours à pieds, c'est reparti, mais cette fois, en pagayant !

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Le vert domine. Plus un bruit autour de nous. Caresses du vent dans les feuillages. Gazoullis d’oiseaux. Nos rames troublent le miroir de l’eau. Une odeur acidulée de végétation décomposée plane dans l’atmosphère. La nature est reine, belle et sauvage.

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Petit à petit, l'eau prend une teinte saumon, orangée... la folle mangrove laisse, dans le même temps, la place à une forêt sombre peuplée de ses troncs de géants. Nous pénétrons un autre monde. Parfois, d'énormes troncs obstruent notre chemin. Xav se charge alors de se mettre à l'eau pour pousser seul le canoë avec Titine dedans qui photographie !!

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L'eau limpide aux reflets dorés nous invite à nous poser. Nous accrochons le canoë à une branche. Seuls, en plein coeur de la forêt, nous sommes en osmose avec la nature.  

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« Petit Cœur » âgé de 4 mois dans le ventre de sa maman apprécie sa baignade ravigotante en plein cœur de l’Amazonie. Le futur papa est heureux lui aussi ! Nous nous amusons comme des petits fous.

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Après quoi, nous pique niquons dans le canoë, bercés par le doux courant de la Montsinery. Le reste de l'après-midi, nous pagayons vers les sources originelles de la rivière. La végétation devient drue. Et paradoxalement, plus nous nous 222enfonçons, plus de la musique brésilienne se fait entendre vers là où l'on se dirige. Des moteurs de voiture semblent tracer au loin : nous comprenons que nous ne sommes pas loin de la route. Au bout d'un moment, la musique devient carrément assourdissante. Au détour d'un virage, entre troncs et algues d'eau douce, Titine crie brusquement : "Stop, on dirait qu'il y a une chute d'eau"... On attache le canoë et allons voir ça de plus près, à pieds, en longeant la forêt.

Spectacle : un grand bassin autour duquel des brésiliens passent leur pique-nique du dimanche, un grand bassin, au pied d'un petit pont où d'énormes cailloux donnent l'impression de chute d'eau. Pas moyen de passer au-delà du pont. Pour aller aux sources de la rivière, il va falloir revenir un autre jour, et mettre le canoë à l'eau de l'autre côté du pont ! Nous faisons donc demi-tour, tout doucement, entraînés la marée montante.

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Quand la rivière commence à s'élargir, on met doucement le moteur.

En fin d'après-midi, la pluie tombe, au niveau de l'immensité de la Montsinery. Beau spectacle. Arrivée tardive au village.

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12 juin 2005

Dernier jour sur l'Orapu

La troisième journée de l’expédition découverte de l’Orapu est assez classique et assez similaire à la veille, sans bien sûr le coup du kangoupoissonchat ! Mais d’autres surprises nous attendent !! Comme c’est la dernière journée, nous profitons un maximum de la rivière. D’abord des parties de baignade folles dès le réveil. De même après le petit déjeuner. Puis, nous partons en ballade, mais sans pagayer, histoire de faire tourner un peu le moteur. Pas de chance, ça ronfle à vide. Il y a un problème. Xav essaye de bidouiller une première fois dans la machine, mais rien, ça n’avance pas. Contrairement au Kourou ou à l’Inini, nous avons remarqué depuis hier que l’Orapu ne change pas le sens de son courant ! Heureusement ! Ca nous arrange car celui-ci est favorable à notre direction, pour le retour au bivouac et le retour dans l’après-midi au dégrad, si le moteur ne fonctionne pas d’ici là... Nous prenons conscience du risque qu’on prend à être parti ainsi et tomber en panne ! C’est vrai qu’un des buts de l’expédition c’est la pagaye, le canoë, mais le moteur est toujours nécessaire au départ et au retour d’un dégrad, quand on a beaucoup de chemin à faire avec tout l’équipement, et pour lutter contre le courant qui peut parfois être très violent. Si le courant n’allait pas dans notre sens, nous aurions sûrement eu du mal à revenir à la voiture ! Et personne n’aurait eu l’idée de venir nous chercher ici car nous sommes un peu partis sur un coup de tête, sans en avoir parlé autour de nous. Belle leçon ! Mais pour cette fois, nous avons de la chance !

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Sans trop soucier, nous continuons donc notre ballade sportivement, à la pagaye à contre courant. Les kilomètres de l’Orapu de part et d’autre du bivouac nous deviennent familier. Nous commençons à bien connaître la position des troncs dans l’eau, leur situations, les courbes de la rivière, les types d’arbres aux alentours… De ce fait, un sentiment de confiance par rapport à l’environnement s’instaure en nous. La ballade est toujours aussi belle. Et les bouts de rochers plantés dans la glaise à un endroit précis n’arrête pas de nous surprendre ! A croire que quelqu’un est venu les poser là !

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La journée continue tranquillement. Canoë suspendu à une corde, nous pêchons sérieusement. Il fait chaud. Dans les murmures de l’amazonie, le bruit légèrement serpentin du nylon du fil à pêche au lancer, et le bruit sec de la tombée du hameçon à l’eau passionnent Titine. Récurrence infatigable des gestes. Les poissons mordillent et jouent à tirer sur les appâts. Le fil se met alors à vibrer dans la main. Provocations. On tire doucement, par léger à coup, puis d’un geste sec. Sous l’eau il y a toujours du répondant. Le fil se tend parfois, mais quand le hameçon refait surface, le poisson a déjà pêché l’appât et disparu on ne sait où !  Nous n’avons jamais su pêcher, mais le bonheur se découle dans les heures qui passent là, en contact direct avec la forêt. Moments magiques. Entre temps, xav réussit à réparer le moteur. La pièce la plus fragile de l’appareil nécessitait un changement. Et comme par hasard, c’était la seule pièce de rechange que nous avions sur nous !!

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Après le déjeuner, nous décidons de défaire petit à petit le bivouac. Il ne faut pas trop tarder car en plus du retour en canoë, on aura encore de la route à faire. C’est vrai que l’Orapu est loin de tout !! Heureusement que le rangement est toujours plus simple que l’installation ! En un moins de temps, tout est d’ailleurs défait. Les lieux sont propres et vide de nos traces. Nous sommes prêts à partir, sauf que… Uyuni n’est pas là !! Le gros matou a dû partir pour son moment de sieste !!!!! Il a bien mangé à midi, et dans ces cas là, il ne veut rien entendre, il ronfle ! Il est quinze heures. Le canoë est chargé, et nous nous retrouvons là, dans la jungle, au bord de l’Orapu, à attendre notre chat qui se lèche complètement la queue de nos appels. Après avoir tourné une heure dans la forêt, à crier son nom, et à se faire répondre uniquement par des cris d’oiseaux, nous nous résignons. Quelques nuages d’inquiétude dans nos têtes ne peuvent s’empêcher de flottiller … « et s’il lui est arrivé quelque chose ? » « et s’il s’est perdu ? » « et s’il ne revenait pas avant la tombée de la nuit ? » « et s’il ne revenait pas demain ? »… nous restons silencieux à attendre, un hamac à nouveau accroché, et un tabouret déplié. Seize heures, toujours rien. Nous crions de temps à autres ses petits noms. Sifflements, secousses de croquettes dans sa boîte, tout y passe, en vain ! Quand nous commençons à calculer nos restes de réserve, et réfléchir au moment où on laissera tomber l’attente le lendemain, voilà notre chat qui ressurgit tranquillement de son petit coin de la forêt, s’étirant d’abord les pattes arrières, ensuite le postérieur en hauteur, s’étirant les pattes avant, le tout accompagné d’un long bâillement qui s’achève par un miaulement d’étonnement ! C’est bien notre Uyuni, ça !!! Seize heures trente, dix-sept heures, nous nous précipitons pour remballer ce qui reste, mettre le chat dans sa boîte et quitter les lieux avant la tombée de la nuit !

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Le soleil tombe sur l’Orapu. La rivière et la forêt deviennent une palette luxuriante de vert et de jaune. La lumière est rase mais éblouissante. Vibration dans l’atmosphère. La jungle entière s’agite. C’est l’heure aussi pour les animaux. Comme un signe d’au revoir, la nature déploie toute sa beauté sauvage à notre passage. C’est dans ces images inoubliables et un pincement au cœur que nous cheminons vers le retour à la civilisation.

Dernière surprise du jour, au dégrad : on aurait dit que le niveau de l’eau a baissé ! Un impressionnant tas de feuillages s’est accumulé sur quelques mètres avant l’accès au sol ! Heureusement que nous sommes légers car sous l’épaisseurs du feuillage impénétrable par le canoë, l’eau est encore profonde. Titine ouvre la crise de fou rire ! Les deux premiers pas, elle échappe à la nage dans l’épais tas de feuilles pourries. Mais juste après, l’épaisseur rétrécit, et c’est dans la boue qu’elle se retrouve jusqu’au niveau du genou ! Chplok ! chplok ! A part éclater de rire et espérer n epas se faire mordre par une bébête dans la boue, il n’y a rien d’autre à faire ! Nous devons tripler d’effort pour tirer dans ces conditions le canoë chargé, sous les yeux boudeurs du chat qui doit patienter dans sa boîte ! Quelle expédition !!

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11 juin 2005

Aventure sur l'Orapu (suite)

Un mêli-mêlo de chants de perruches, colibris et autres oiseaux de forêt nous réveillent dès l’aube. La journée commence donc inévitablement par de longues heures de prélassement dans le hamac, à bouquiner et scruter tout ce qui bouge au dessus de nos têtes. Le petit déjeuner se passe ensuite dans une cuisine imaginaire aux murs de verdure. Le nutella se tartine bien sur les biscottes.  Uyuni est déjà parti à la chasse.

La partie de grillade hier nous a bien plu. Peut-être que le chat reviendra avec quelques oiseaux pour changer des grenouilles et des papillons ? Nous tentons toujours la pêche, en bavant à l’idée d’une super entrée de poissons grillés pour le déjeuner ce midi… on peut toujours rêver ! Accroché à un arbre tombé à l’eau, le canoë résiste au courant. Dessus, nous nous activons au rythme de la rivière. Atmosphère paisible. Xav bouquine. Titine écrit. Des libellules viennent se poser délicatement sur notre fil à pêche. Des morphos voltigent gracieusement autour de nous. Les ailes de soie de couleur bleu intense de ces papillons géants qui scintillent dans la jungle nous font penser à des décorations de sapin de noël légères comme des flocons de neige… Les poissons boudent évidemment notre hameçon ? Au bout d’une heure, nous ne résistons pas au plongeon. Pour la baignade, il faut s’accrocher à une corde tellement le courant est fort. Nous nous amusons comme des petits fous.

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Après la longue préparation de la salade de pâte du midi et son ingurgitation, nous partons pour la promenade en canoë de l’après-midi. Pagayer à contre courant n’est pas de tout repos. Et maîtriser les passages au dessus ou en dessous des arbres tombés n’est pas évident. Il faut soit donc pousser avec toutes les forces des bras pour éviter de se retrouver coincé, soit se baisser voire s’allonger pour esquiver les troncs et éviter tout accident.

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Le chat, qu’on a arraché à ses préoccupations de descendant de félin, ne semble pas apprécier cette exploration quelque peu sportive. Il s’énerve tellement qu’il prend la décision ferme de retourner de son propre chef dans la forêt. D’un énorme bond digne d’un kangourou, il plonge à l’eau et sous nos yeux qui n’en reviennent pas, il se met à nager comme un pro !!! En deux secondes, il atteint un tronc à l’eau et se met à miauler de son exploit !? Panique à bord. Cette petite boule de poils mouillée peut-être un super appat pour un anaconda affamé ! Et s’il atteint la forêt, il risquerait de s’enfuir et de ne pas pouvoir nous retrouver ! Xav plonge aussitôt et en perd sa rame. Titine pagaye comme une tarée : rejoindre le bord tout en essayant en vain de pêcher la rame à Xav et maîtriser le courant. Entre temps notre kangoupoissonchat a réussi à faire un deuxième bond d’environ cinq mètres, du tronc d’où il était dans l’eau, jusqu’à terre. Heureusement que le niveau du sol est élevé, et entre la surface foulable et celle de l’eau, au creux des racines dénudés des arbres, des niches se sont formées. Juste ce qu’il faut pour que le pauvre chat effrayé puisse se cacher. Accroché aux racines, Xav réussit à le choper, tandis que Titine, un peu sadique, une fois le bord de l’eau atteint, ne peut pas s’empêcher d’immortaliser à jamais ce moment de panique pour tous, en prenant une photo. Quelle aventure ! On replonge le chat glaiseux à l’eau histoire de le rincer un peu, puis, enfoui dans une serviette, tout tremblotant sur les genoux de Titine, il tente de se remettre de ses émotions.

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Le courant se charge de nous faire glisser en direction du bivouac en fin d’après-midi. Nous réussissons à rattraper la rame à Xav, qui n’a pas coulé mais s’est laissée dériver. Petit à petit le calme nous envahit. Le cadre est magnifiquement sauvage. Et nous sommes seuls dans ce bout d’amazonie. Seul bruit : la nature. Crépitement de l’eau. Frémissement des feuilles. Cris d’oiseaux. Agitation dans les arbres. Une branche qui casse. Un animal ? Nuque pliée, nez en l’air, yeux bridés, nous scrutons. Là bas ! Un Paresseux ! Le singe est suspendu loin dans les hauteurs d’un Fromager, un géant bien connu de la forêt Guyanaise. Emportés par le courant, nous faisons demi-tour et nous nous postons dans un coin pour encore mieux l’observer. Nous avons du mal à le retrouver. Non pas parce qu’il s’est déplacé (avec sa légendaire lenteur de déplacement, il n’aurait bougé de quelques millimètres à peine, s’il a bougé !), mais la couleur gris marron clair de son pelage le camoufle bien aux écorces de l’arbre. Nous comprenons d’autant plus notre difficulté quand nous le retrouvons, en position de défense, tout en boule ! Déception : d’en bas, on aurait dit un tout bête méga nid !

Retour au bivouac,

retour aux plaisirs du hamac…

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10 juin 2005

Aventure sur l’Orapu (Première partie)

Premier jour, découverte et repérage des lieux, installation du bivouac.

Le vendredi 10juin étant un jour férié en Guyane (commémoration de l’abolition de l’esclavage), nous disposons cette semaine d’un week-end de trois jours. L’occasion pour une belle escapade dans la jungle. Nos doigts parcourent les lignes fluviales sur une vieille carte usée par nos mains rêveurs. Objectif roots : de l’inconnu et du sauvage ! Pour un tête à tête en seuls à seuls avec la nature, il faut éviter les fleuves trop faciles d’accès, ceux le long desquels ont été bâtis des carbets, et rayer de la liste ceux dont les noms sont familiers aux promeneurs du dimanche : ça en élimine déjà pas mal !! Nos doigts s’arrêtent alors sur l’Orapu, dont on a repéré le dégrad lors d’une promenade.

Nous nous activons dès jeudi soir pour les préparatifs du départ. Prendre ce qu’il faut pour ne manquer de rien, tout en partant le plus léger possible ! Telle est notre devise. Le plus difficile à calculer concerne les réserves de nourriture : deux petits déjeuners + trois déjeuners + deux dîners. Ainsi qu’une sous-réserve en cas de pépins. En outre, l’attirail habituel : des bidons d’eau potable de cinq litres (trois pour cette expédition-ci), la vaisselle, le camping-gaz, hamacs et moustiquaires, bâche, cordes, bougies, etc…

Vendredi matin. La voiture chargée la veille, ne restait plus qu’à monter le canoë sur le toit et faire les dernières vérifications. Départ 10 heures, direction route de l’Est. Le chat stressé perd ses poils à chaque caresses qu’on lui fait. Pendant les deux heures de voiture, il zigzague entre les genoux de Titine, sous le siège de Xav ou à l’arrière de la voiture pour miauler de toutes ses forces. Plus on avance, plus étroite, plus défoncée et plus sauvage devient la chaussée. De part et d’autre, le vert est dru. Signes qu’on s’éloigne de la civilisation et s’approche de notre objectif.

Le mouillage se fait au niveau du seul pont sous lequel passe l’Orapu. La tache n’est pas trop compliqué. Le plus dur était de pousser la pirogue chargée sur quelques mètres de piste trop pourrie pour la voiture. Nous nous garons sur le parking de l’auberge des orpailleurs. Pendant toutes ces opérations, le chat attend sagement dans sa boite, sans rébellion.

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Moteur. Doucement, nous pénétrons dans la jungle. L’Orapu est belle. Eaux saumons ou verdâtres selon l’angle des rayons du soleil et les ombres autour. La rivière n’est pas très large. Vingt-cinq mètres tout au plus. Comparable à notre chère Inini, ou à la rivière des Cascades à propos desquels nous avons déjà eu l’occasion de vous raconter des histoires. La forêt par contre y est étonnamment plus espacé. La lumière perce. L’atmosphère général est sauvage, mais loin de la jungle sombre et inquiétante comme peut parfois l’être l’amazonie.

Repérage des lieux. Objectif : trouver l’endroit le plus pratique où installer notre bivouac. Ce qui n’est pas une tâche simple. Critères : sol non boueux, donc loin des mangroves, assez élevé en cas de marée importante, pas trop feuillu pour faciliter l’installation, avec des arbres suffisamment distanciés pour l’accrochage des hamacs et de la bâche.

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Après une heure trente d’exploration, nous trouvons notre coin. L’accès est un peu périlleux, mais le sol et l’espace tout à fait convenable. Quelques lianes géantes et des branchages gênantes requièrent la force de nos bras pour l’éclaircissement au coupe-coupe. Nos regards et nos gestes doivent être vigilent : une serpent peut toujours être mal placé ! Un fois les lieux prêts, avant l’installation définitive, nous faisons une pause déjeuner pour répondre à nos ventres grougroutant de faim. Dans notre grille électrique qui ne fonctionne plus et que nous avons décidé de transformer en appareil à barbecue, une baston avec le charbon est lancée ! Pas évident d’allumer le feu à partir du bois et des feuilles mortes constamment sous l’humidité de la forêt. La patience en vallait la chandelle : au bout d’une heure trente, les merguez sont délicieusement  grillées.

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Retour au boulot et aux anecdotes.

Notre bâche, rangée aux oubliettes depuis quelques mois dans un coin paumé du jardin, était devenue un urinoir à matous sauvages qui essaient de narguer Uyuni en laissant leur marque partout. Avant de s’en servir comme « toit », Xav décide de la tremper dans la rivière, le temps du déjeuner, en l’accrochant avec une ficelle au canoë. Manque de pot, la ficelle lâche et la bâche dérive dans des branchages. C’est alors parti pour des parties d’acrobatie et d’équilibre sur un arbre suspendu au dessus de la rivière, pour pêcher la bâche. Xav s’aide d’une rame pour s’allonger le bras. Manque à nouveau de pot, celle-ci tombe à l’eau ! Ne reste plus qu’à se résoudre à récupérer tout ça à la nage !! Après ces passages comiques, les fous rires se prolongent lors d’une troisième baston, cette foi-si, contre les hamacs, les cordes, les branches et quelques lianes. Notre bivouac prend forme, dans la bonne humeur, en fin d’après-midi. Il nous reste alors tout juste le temps d’une bonne partie de baignade revigorante avant la tombée de la nuit.

Alors que la lumière du jour progressivement s’éteint, des milliers d’êtres vivants s’éveillent dans la forêt. Nous jouons aux échecs à la bougie, dans le concert nuptial assourdissant des insectes rythmé de temps à autres par les cris de singes hurleur. Mis à part le stress de la montée des eaux, notre première nuit sur l’Orapu se passe paisiblement.

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